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Homélie du Père Charles Mallard du 6 décembre 2020

6 décembre 2020

Ne pas empêcher la venue du Seigneur

2° Dimanche de l’Avent – Année B

 Is 40,1-5.9-11 ; 2 P 3,8-14 ; Mc 1,1-8

Nous savons que le temps de l’Avent est celui de l’attente de la venue du Seigneur, mais nous pourrions être tenté de penser qu’on attend le Seigneur comme on attend un bus. J’assistais l’autre jour à une scène qui fait comprendre les inconvénients d’une telle vision des choses. Passant sur le boulevard de Strasbourg, j’observais qu’une des voies était barrée par une voiture de police : le trafic était donc dévié par le boulevard de Tessé. Je n’en connais pas la raison, mais quelques mètres plus loin, devant l’ancien collège, des gens attendaient patiemment le bus, et je me suis dit qu’ils pouvaient attendre longtemps, s’ils ne bougeaient pas ! Eh bien, c’est exactement le message de Saint Pierre dans la deuxième lecture, et c’est aussi le témoignage de Jean Baptiste dans l’évangile : attendre le Seigneur, ce n’est pas rester sans rien faire, mais cela implique de bouger – en termes spirituels, de se convertir. Car il faut bien admettre que notre péché complique voire empêche la venue du Seigneur !

La conversion est d’abord un déplacement – non seulement comme les malheureux passagers de l’arrêt « Strasbourg », mais aussi comme les habitants de la Judée et de Jérusalem qui vont trouver Jean sur les rives d’un Jourdain qui coule quand même à une trentaine de kilomètres de chez eux ! La rencontre avec le Seigneur n’est pas à sens unique. Certes il vient vers nous, mais nous devons, nous aussi, aller vers lui. Qu’est-ce qui changera pour nous pendant ce temps de l’Avent ? Comment nous rapprocherons-nous de Dieu pendant ces quatre semaines ? Dans la prière, la fréquentation de la parole de Dieu ou dans nos relations, il y a toujours quelque chose à changer, il est toujours possible de progresser … Ne tardons pas à prendre quelques résolutions, et soyons attentifs à les mettre en œuvre !

Pourtant, il ne suffit pas de se déplacer. Ceux qui se font baptiser par Jean reconnaissaient publiquement leurs péchés, dit saint Marc. C’est que la conversion comporte aussi une dimension de vérité et d’humilité. Car le plus grand danger du péché c’est de l’ignorer. Certes ça n’est pas très agréable de découvrir qu’on n’est pas parfait, et ça n’est pas très facile d’admettre qu’on s’est trompé ou qu’on aurait pu faire mieux mais c’est la condition nécessaire pour se corriger. Dieu ne peut pas nous rejoindre si nous nous réfugions dans l’illusion, et personne ne peut pardonner ce que nous ne regrettons pas ! C’est la raison d’être de l’aveu lors du sacrement de la confession. Il ne s’agit pas d’étaler nos turpitudes sur la place publique, mais d’avoir devant le Seigneur la simplicité de demander pardon et la délicatesse de reconnaître ce qui nous a éloigné de sa volonté.

Enfin la conversion ne s’arrête pas au simple regret de nos fautes, elle implique aussi de réparer ce qui peut l’être. Il n’y a pas de fatalité dans le péché, donc nous pouvons rectifier ce qui doit l’être. Pour reprendre les images d’Isaïe dans la première lecture, les ravins de nos indifférences peuvent être comblés par une attention plus grande à ceux que nous rencontrons ; les montagnes de nos égoïsmes peuvent être abaissées par nos efforts de partage ; les escarpements de nos mesquineries peuvent être changés en plaines de bienveillance ; les sommets étroits de nos jalousies peuvent devenir de larges vallées de disponibilité. Profitons de l’ambiance festive de l’avent pour adoucir nos relations, pour apaiser le monde qui nous entoure. Comme le disait saint Pierre, c’est en nous convertissant que nous hâterons l’avènement du jour de Dieu.

Soyons donc attentifs à ne pas empêcher la venue du Seigneur. Allons à sa rencontre puisqu’il se laisse trouver par ceux qui le cherchent. Reconnaissons humblement ce qui, dans notre histoire fait obstacle à sa présence. Manifestons notre espérance en traçant dans l’aridité du péché le sentier droit de la charité.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Etoile du matin, qu’elle nous guide vers le ciel nouveau et la terre nouvelle. Refuge des pécheurs, qu’elle soutienne notre conversion. Mère du Bel amour, qu’elle nous accompagne dans la plénitude du Don de Dieu pour que nous puissions demeurer en Lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

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