Aller au contenu

Père Charles Mallard-Le filigrane de la résurrection

17 octobre 2021

Le filigrane de la résurrection

29° dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Is 53,10-11 ; Ps 32 ; He 4,14-16 ; Mc 10,35-45

L’évangile que nous venons d’entendre résonne tout particulièrement avec l’actualité de notre église. Ou plus exactement, il nous a été tragiquement rappelé ce qu’il advient lorsqu’on ne met pas en pratique les prescriptions du Seigneur dans l’Église. Lorsqu’une charge est exercée comme un pouvoir et non pas comme un service, lorsqu’on se comporte en maître, faisant sentir aux autres sa domination, le mal s’engouffre par la porte de l’injustice.

Pourtant il ne faudrait pas se tromper sur le sens des paroles de Jésus. Ce n’est pas à Jacques et Jean, mais aux apôtres indignés par leur audace que le Seigneur déclare : « celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur, celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous ». Et par ces paroles il n’invite pas à une révolution qui se contente de remplacer un pouvoir par un autre en renversant la hiérarchie d’un système. Ces paroles sont là pour inviter à suivre « le Fils de l’homme qui n’est pas venu pour être servi mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude ».

Au moment où nous sommes invités à participer à la consultation sur la synodalité dans l’Église, il est bon de réaliser que l’Évangile ne promeut pas une dynamique politique aussi noble soit-elle car nous comprenons bien que de dire à quelqu’un « tu n’es pas assez au service », c’est d’abord se poser en maître plutôt qu’en serviteur. Au contraire l’Évangile nous permet de vérifier que nos vies sont marquées du filigrane de la Résurrection. Avant nos pratiques, c’est bien nos cœurs qui sont interpellés par la Parole de Dieu. Et celle-ci interroge : comment sont tournés nos cœurs dans telle ou telle situation ?

Par exemple dans la prière et la vie spirituelle. Comment réagissons-nous à la réponse de Jésus à Jacques et Jean ? Parce que finalement ils acceptent les conditions de Jésus, mais lui ne garantit pas le résultat : vous boirez la coupe et serez baptisés comme je vous l’ai demandé, mais je ne peux rien pour ce que vous demandez ! C’est que la prière n’est pas un contrat : elle nous dispose à la grâce de Dieu mais elle n’oblige pas Dieu. Alors, acceptons-nous dans la vie spirituelle que le résultat ne dépende pas de ce que nous faisons, ou de ce que nous voulons mais du Seigneur seulement ? S’il y avait automatisme dans nos relations à Dieu, il aurait suffi que Jésus meurt pour ressusciter mais nous savons que ça ne se passe pas comme ça ! Une vie spirituelle marquée du filigrane de la Résurrection est du même ordre : tout faire pour que Dieu agisse, et accueillir ce qu’il aura voulu.

Et dans nos relations aux autres ? Comment réagissons-nous ? Comment est tourné notre cœur ? Dans la lettre aux Hébreux, l’auteur montre que le salut vient « d’un grand prêtre qui n’est pas incapable de compatir avec nos faiblesses ». Le Sauveur n’est pas resté en haut du ciel à donner ses consignes aux vermisseaux que nous sommes … il s’est fait l’un de nous, c’est sa proximité qui nous sauve. Acceptons-nous, nous aussi de descendre du piédestal de nos compétences pour rejoindre celui qui a besoin de nous, non pas en lui donnant des leçons mais en l’accompagnant ? Une vie relationnelle marquée du filigrane de la Résurrection, c’est celle qui suit la même dynamique de proximité, d’accompagnement, en regardant les autres à leur hauteur et non d’en haut !

Et dans notre relation à nous-mêmes, qu’est-ce qui nous conduit ? Parce que la question se pose surtout dans les difficultés de la vie, nous pouvons nous laisser interpeller par les paroles d’Isaïe. Ce qui a plu au Seigneur ce n’est pas que le Serviteur soit broyé par la souffrance, mais qu’il remette sa vie en sacrifice. Ce qui compte ce n’est pas sa douleur mais ce qu’il en fait : un don, c’est-à-dire un acte d’amour. Bien sûr, on peut chercher à diminuer nos souffrances, c’est même la définition de la justice, mais le danger serait de croire que souffrir autorise à faire souffrir. Au contraire le mystère de Pâques nous invite à permettre que du mal subi naisse un bien choisi. Un cœur marqué du filigrane de la Résurrection c’est celui qui saisit toute situation, même difficile, comme une occasion de donner et de se donner, d’aimer un peu plus.

C’est toujours la dynamique du mystère pascal qui nous amène à être serviteur, en préférant le sacrifice à la victimisation, la compassion à la condescendance, la disponibilité à l’exigence.

Que la Vierge Marie, Avocate des Toulonnais, nous aide à garder une vie marquée du filigrane de la Résurrection. Humble servante du Seigneur qu’elle nous rende disponibles à la volonté du Père, Consolatrice des affligés qu’elle nous modèle à l’image du Fils, Mère du Bel Amour qu’elle nous entraine dans le souffle de l’Esprit pour que nous puissions resplendir de la gloire de Pâques, dès maintenant et pour les siècles des siècles.

Faire défiler vers le haut