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Homélie du Père Charles MALLARD

20 septembre 2020

Comprendre le cœur de Dieu

25° dimanche du Temps Ordinaire - Année A

Après divers enseignements sur le pardon, voilà que l’évangile de ce dimanche propose à notre méditation la parabole qu’on appelle généralement celle des ouvriers de la dernière heure. En vérité, il vaudrait mieux l’appeler la parabole du maître généreux, parce que finalement, c’est toujours le cœur de Dieu que Jésus nous donne à contempler. Dans cette histoire, malheureusement, nombreux sont ceux qui prennent un peu trop spontanément le parti des ouvriers de la première heure, ceux qui récriminent et qui remettent en cause la générosité du maître. Essayons donc de comprendre un peu mieux ce qui empêche de reconnaître et surtout d’accepter l’exemple du Seigneur.

D’abord il y a la déception car ils s’attendaient à recevoir davantage. Mais si l’on a bien écouté l’évangile, et comme le rappelle le maître, ils reçoivent le salaire convenu, celui qu’ils avaient accepté dès le matin. Puisqu’ils ont été embauchés dès le début, et qu’ils s’étaient mis d’accord avec le maître du domaine, il faut considérer que c’est une somme juste, et sans doute plutôt bonne : sinon ils pouvaient marchander ou attendre une autre proposition. D’ailleurs, le maître ne promet rien à ceux qu’il embauche plus tard, il dit seulement : « je vous donnerai ce qui est juste ». Ceux qui récriminent avaient donc un contrat – en termes plus théologiques on parle d’alliance. Et voilà le premier obstacle qui empêche de reconnaître le cœur de Dieu : c’est passer de l’alliance au sentiment. A la limite, ils auraient dû être surpris, au début de la distribution, que les derniers venus reçoivent ceux qu’eux-mêmes devaient recevoir. Mais ils se fient à leur impression et à leurs idées plutôt qu’à la Parole entendue et acceptée. Et cela déjà nous interroge. Combien de fois évoquons-nous les sujets spirituels à partir de ce que nous pensons plutôt qu’à partir de l’évangile. Prétendre parler de Dieu en se basant sur nous même plutôt que sur sa parole, c’est être à peu près sûr d’être déçu ! Notre fidélité ne se mesure ni à ce que nous pensons, ni à ce que nous ressentons, mais à notre attachement à la parole de l’alliance.

Ensuite, les ouvriers expriment la raison pour laquelle ils s’insurgent : ils se comparent et trouvent injuste que ceux qui n’ont fait qu’une heure soient traités comme ceux qui ont enduré le poids du jour et de la chaleur. Entre parenthèse ils ne disent pas qu’ils ont travaillé plus que les autres, mais qu’ils ont eu plus de peine … Et voilà le deuxième piège qui peut nous empêcher de comprendre le cœur de Dieu, c’est de penser la justice en termes de mérite, de penser que Dieu nous doit à proportion de ce que nous supportons. Et même si ces ouvriers ont travaillé plus que les autres – ce qui reste quand même vraisemblable – l’attitude du maître nous montre qu’il n’y a pas non plus de mérite acquis par ce que nous faisons. Si Dieu a des obligations envers nous, c’est en raison de l’alliance, de sa parole, et non pas de nos mérites ou de nos efforts. C’est d’ailleurs l’une des plus anciennes hérésies, et peut-être l’une des plus pernicieuses, que de compter sur nos mérites plutôt que sur la parole de Dieu. On raconte l’histoire d’une personne qui arrive au paradis. Saint Pierre lui dit : « pour entrer, il vous faut mille points ». La personne répond alors : « je suis baptisé, j’ai fait ma communion et j’étais fidèle à la messe le dimanche, je priais dès que je pouvais » ; saint Pierre lui dit : « c’est bien : vous avez un point ». Un peu surprise, l’autre reprend : « mais je me suis impliqué dans la paroisse, j’ai aidé le curé, et j’ai donné au denier » ; « parfait, un autre point » dit saint Pierre. Là, l’inquiétude commence à stimuler la mémoire du candidat au paradis : « j’ai aidé les gens, donné à manger à ceux qui avaient faim, boire à ceux qui avaient soif, j’ai été charitable » ; saint Pierre lui dit alors « Très bien : deux points de plus ». Désemparée la personne s’écrit alors : « je suis perdu, je n’ai plus qu’à compter sur la miséricorde de Dieu » ; « voilà vous avez vos mille points » dit Saint Pierre. Ça ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire, ça ne veut pas dire que nos bonnes actions n’ont pas de valeur … mais elles sont la conséquence de la grâce et non pas la cause. Notre seul mérite, c’est que Dieu nous aime … et nous n’avons rien fait pour le mériter !

Enfin, il y a une réflexion du maître de la parabole qui révèle un troisième obstacle qui nous empêche de reconnaître le cœur de Dieu : « ton regard est-il mauvais parce que moi je suis bon ? ». Parce que le grand mystère du mal, c’est qu’il se déchaîne face à la bonté. Les ouvriers de la dernière heure n’étaient pas des fainéants, c’était plutôt des bras cassés : « personne ne nous a embauchés » répondent-ils au maître. Mais la générosité et la bienveillance de celui-ci provoquent chez les premiers ouvriers mépris et jalousie. Et nous devons veiller à ce que la miséricorde ne durcisse pas notre cœur. Nous avons le droit de dénoncer l’injustice, nous avons le devoir de combattre le mal, mais la générosité et le dévouement doivent nous entraîner, même quand ils paraissent excessifs. On ne peut connaître le cœur de Dieu que si on consent à l’imiter, et que l’on essaie de faire battre notre cœur à son rythme.

Plutôt que de s’identifier aux ouvriers de la première heure, entendons résonner en nous l’appel du prophète Isaïe : « cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ». Nous sommes plutôt comme ceux que le maître rencontre à cinq heures : nous sommes de ceux avec qui Dieu fait alliance, sans mérite de notre part, mais avec une surabondance de générosité qui peut bouleverser notre cœur, pour rayonner à notre tour de son amour.

Que Notre Dame, Avocate des Toulonnais, nous aide à entendre cette parole et à la mettre en pratique. Arche de la Nouvelle Alliance, qu’elle nous garde dans la fidélité à la Parole du Seigneur ; Comblée de grâce, qu’elle nous apprenne à reconnaître le don de Dieu ; Mère de Miséricorde qu’elle nous entraîne dans la bonté du Père pour que nous demeurions en lui comme il demeure en nous, dès maintenant et pour les siècles des siècles.


 

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